Les Mémoires d'un Vonvon de Tonton Dumoco (Le DA VINCI CODE martiniquais, de nouveau disponible. )  -  Chalvet Février 1974 de Édouard de Lépine (Histoire du mouvement ouvrier martiniquais)  -  L'Amour à la créole de Pyrrha Ducalion (Nouvelles érotiques martiniquaises)  -  L'Incertain n°4 (Revue de création littéraire et artistique)  -  
Ravaud Emmanuel
monographie
La Trinité d'hier et d'aujourd'hui
La finalité de cet ouvrage est de montrer, avec force photos et précisions historiques, les transformations et évolutions de La Trinité, ville d'hier et d'aujourd'hui....
Samedi 20 octobre 2018  
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Collectif
L'Incertain n°4 (Juillet - décembre)


- Parution : octobre 2014
- 146 Pages
- ISBN : 9782918141433
- Format 110x180mm
- Prix : 12 euros
Qte :


Le barbu

Métropolitain. Ligne 8. Direction Créteil. À la station République, un barbu entre dans la rame. La vingtaine athlétique, le teint mat, il porte un jean, des baskets, un blouson d'alpiniste et une épaisse barbe noire. Pas la délicate toison d'un hipster californien ni le bouc bien taillé d'une vedette de hip-hop en mal d'admiratrices, mais le signe flagrant des adorateurs d'Allah. Il a sur le front un durillon sombre, la marque des hommes pieux qui ont beaucoup prié, à genoux et face contre terre.
Le silence se fait dans la voiture archi-comble. Tous les regards se posent sur l'homme à la barbe et, aussitôt, s'en détournent apeurés. Deux mamies serrent leurs sacs de cuir contre leurs ventres flasques. Une maman attrape son fils et le cache derrière elle. Je me surprends à étreindre plus fort la main de ma fille. L'enfant, étonnée, m'interroge à voix basse : « Papa, pourquoi tu m'écrases la main ? » Je ne lui réponds pas. Que pourrais-je bien lui dire ? La cause de ma réaction est, pourtant, évidente. Cette semaine, à Paris, dix-sept personnes sont mortes sous les balles des islamistes. Dix-sept personnes assassinées au nom d'un Dieu qui n'avait rien demandé. Elles n'étaient pas plus coupables que nous ne le sommes dans cette rame. Elles avaient commis le crime d'être juives, humoristes, policiers... de s'être trouvées au mauvais endroit au pire des moments.
Le barbu a sans doute remarqué l'inquiétude qu'il suscite. Mais il demeure impassible, le regard perdu dans le vide. Et moi, je me trouve bête d'avoir cédé à la psychose ambiante, en jugeant cet homme à sa seule apparence. J'en ai déduit qu'il était musulman et fait de lui un meurtrier en puissance. Pourtant, je sais combien il est facile de réduire un individu à son origine, à sa couleur et aux vêtements qu'il porte. Combien de fois ai-je moi-même fait les frais de l'ignorance, des préjugés imbéciles !
En arrivant à Paris, j'ai découvert que ma seule présence pouvait engendrer l'effroi. Je me rappelle encore du regard épouvanté de cette femme d'une trentaine d'années, lorsque mon ami Éric et moi nous étions postés devant elle, dans une ruelle du quartier des Halles. Elle avait fui en courant à grandes enjambées devant ces jeunes nègres d'un mètre quatre-vingt portant baggies et sweats à capuches. Deux étudiants qui voulaient juste savoir l'heure...
À la station Filles du Calvaire, la voiture se vide presqu'entièrement. Nous ne sommes plus qu'une poignée à demeurer en présence du barbu. Il cale entre ses jambes un grand sac de sport de marque américaine. Et je m'interroge encore sur ma réaction primaire. Nul n'est à l'abri des dérives les plus honteuses. Il ne suffit pas d'être noir pour ne jamais céder au racisme. Il ne suffit pas d'être juif pour aimer le genre humain. Il ne suffit pas d'être français pour respecter les droits de l'homme... La peur est une maladie sournoise et contagieuse. Un défi permanent à notre vigilance. Elle frappe partout sans discrimination. Dans ses pas marchent l'intolérance et la haine. Je suis bien obligé de constater, aujourd'hui, que je ne suis pas immunisé contre ce mal abominable.
À la station Saint-Sébastien Froissart, le barbu descend de la voiture en emportant son sac. Une femme et une petite fille l'attendent sur le quai. Elles portent toutes deux de beaux manteaux fleuris. Il soulève l'enfant et l'enlace tendrement. Elle éclate de rire et l'embrasse sur la joue.
Le barbu, lui aussi, a sans doute un nom...

Frankito



 


 
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